VIDEO Parfums ottomans
Parfums ottomans
Musique de Cour arabo-turque

Julien Djelal Eddine Weiss est un voyageur musical. Depuis un quart de siècle, il a consacré tout son effort — intelligence et sensibilité — à explorer le domaine complexe et raffiné de la musique traditionnelle soufie, qu’il a épurée et ramenée à ses sources, à travers son ancrage à Alep, la pure et si noble capitale de la Syrie du Nord.

Aujourd’hui, le grand interprète au qânûn a décidé de s’arrêter, fasciné, à Istanbul,  ville d’empire, ville de Cour.
Toutes les musiques de l’ « Orient second », turc fût-il, arabe ou persan, sans doute indien aussi, peut-être quelque peu chinois et japonais, toutes ces musiques en fleur et leurs fragrances, se sont déversées là, dans la salle aux parfums, dans ce salon prestigieux donnant sur l’étincelant Bosphore.
AL-KINDÎ, Parfum ottoman. Les musiques sont donc bien là avec leurs correspondances baudelairiennes :


« Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »

Un beau jet d’eau fraîche s’élance et retombe en bouquets cristallins dans l’un ou l’autre des splendides bassins de marbre du Palais de Topkapi.

 Salah Stétié

« Il est de forts parfums pour qui toute matière
Est poreuse. On dirait qu'ils pénètrent le verre.
En ouvrant un coffret venu de l'Orient
Dont la serrure grince et rechigne en criant,

Ou dans une maison déserte quelque armoire
Pleine de l'âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D'où jaillit toute vive une âme qui revient. »

Charles Baudelaire, « Flacon » (Les Fleurs du Mal, XLVIII)

La musique ottomane

Les musiques traditionnelles savantes de l’Islam sont le prolongement enrichi durant treize siècles des courants modaux antiques et des musiques raffinées arabes, persanes, turques, indiennes. Cette confluence dans le domaine musical n’exclut ni l’originalité des legs des divers peuples, ni la spécificité  des styles locaux favorisés par les califats et les cours princières. A partir du XIVe siècle, la récession des Arabes et des Iraniens et l’ascension des Turcs ottomans ont conduit ces derniers à hériter de l’élitisme du califat.

Au moment où Constantinople devenait Istanbul, capitale de l'Empire ottoman, les Turcs arrivèrent avec de nouveaux éléments culturels. La musique classique ottomane, savante synthèse des influences byzantines, persanes, arabes et turques atteignait un degré incomparable de richesse et d'éclectisme.

« Hormis la tradition orale dont le vecteur principal est la confrérie soufie, les transcriptions arabes dont on dispose sont souvent défectueuses et ne remontent guère au-delà de la fin du XIXe siècle. Dans ma fièvre épistémologique et faisant fi des ostracismes interculturels, j'ai entrepris l'étude des sources ottomanes avec deux manuscrits du XVIIe siècle d'Istanbul : le premier, rédigé vers 1650 en notation occidentale par le joueur de santour Ali Oufqi alias Wojciech Bobovsky, juif polonais vendu comme esclave et converti à l'Islam ; le second, rédigé vers 1690 en notation alphabétique, par l'extravagant diplomate Moldave, le prince chrétien joueur de tanbur, Dimitrie Cantemir. On y trouve des recueils de compositions d'auteurs turcs, mais aussi persans, indiens et arabes, du XIVe au XVIIe siècles. Bon nombre de ces musiciens avaient été capturés par les conquérants turcs des grandes métropoles, le Caire, Bagdad... »

Julien Jâlal Eddine Weiss