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Les
Derviches Tourneurs de Damas
La Liturgie Soufie de la Grande Mosquée des
Omeyyades de Damas
On
demanda au grand maître Junayd pourquoi les soufis
éprouvaient une forte émotion spirituelle
et s'agitaient pendant l'audition de la musique sacrée.
"Quand Dieu, répondit-il, a demandé
aux âmes dans le monde spirituel, lors du Pacte
primordial : "Ne suis-je point votre Seigneur ?",
les âmes furent pénétrées par
la douceur du discours divin. Quand elle entendent la
musique, ce souvenir les réveille et les fait se
mouvoir.
VIDEO
des Derviches Tourneurs de Damas  |
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Lorsqu'ils s'organisèrent en confréries soufies
au début du IXe siècle, les mystiques musulmans
adoptèrent la musique comme support de méditation,
comme moyen d'accéder à des états de
grâce ou d'extase, ou simplement pour "nourrir
l'âme" c'est-à-dire régénérer
le corps et l'esprit fatigués par les rigueurs de l'ascèse.
Le samâ', qui signifie littéralement "audition",
désigne dans le soufisme cette tradition d'écoute
spirituelle de musique et de chants, dans des formes très
variées et ritualisées à des degrés
divers.
Le sens même du terme samâ' suggère
que c'est bien ici l'écoute qui est spirituelle, sans
que la musique ou la poésie aient forcément
un caractère sacré
Donner un contenu à l'extase et une signification à
la musique, tel fut le premier souci des mystiques musulmans
La confrérie mystique sunnite des soufis Mawlawiyya (Mevlevi-s en turc, derviches tourneurs en Occident) a été
fondée par le grand poète persan Jalâl
al-Dîn al-Rûmi (1207-1273), installé
à Konya (Anatolie).
Bien que ce rituel soit surtout diffusé grâce
à des interprètes turcs, des traditions locales
existent en Syrie, en Egypte, en Irak depuis le XVIe siècle
: elles ont survécu à l'abolition de la confrérie
turque et au suicide du grand maître Abd al-Hâlim
Thsélébi Bashi.
Un des principaux centres de l'Islam, ancienne capitale
des Omeyyades et étape du pèlerinage vers la
Mecque, l'art musical de Damas se caractérise par des
suites (Wasla), des modes (maqâm) et des
rythmes originaux, repris par les Mawlawyya dans leur takiyya
(centre de confrérie). Le rituel ne peut être
interprété dans les mosquées où
l'instrumentarium est interdit ou uniquement constitué
de percussions, généralement jouées dans
les cours.
Certaines grandes mosquées, comme celle des Omeyyades
possèdent un répertoire vocal particulier. Les
suites sacrées y sont appelées nawba-s, terme
réservé aux profanes par les anciens Andalous
et les Maghrébins. Généralement accompagnés
d'un chur masculin (bitâna), les récitants
desservent le "samâ" (concert sacré)
en y intégrant des extraits du répertoire de
la Grande Mosquée, des rituels d'invocation de Dieu
(dhikr-s) et des extraits de la Nativité du
Prophète (mawlid). Leur expressivité (hiss)
est fondamentalement sereine, toujours subtilement inventive
et réglée rythmiquement de manière rigoureuse
pour mener progressivement une assemblée vers la transe
(inkhitâf) ou la méditation (ta'ammul)
selon le choix des confréries.
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Photo
: Nicolas Nylsson
Sheikh Hamza Shakkûr et Julien Jâlal Eddine
Weiss avec les Munshiddin de la Grande Mosquée
de Damas
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L'oraison se mêle à la danse et la prière
à l'art
Considéré comme un des plus grands interprètes
de chants musulmans, Munshid de la Grande Mosquée
de Damas, Sheikh Hamza Shakkûr exalte l'amour divin
et loue son prophète Muhammad d'une voix profonde
et sublime. Répondant à ses puissantes invocations
divines, les musiciens de l'Ensemble Al-Kindi alternent
subtiles arabesques et préludes raffinés
tandis que les derviches tourneurs évoluent sur
la scéne selon un rite immémorial. L'oraison
se mêle à la danse et la prière à
l'art
Ainsi se déroule ce spectacle envoûtant,
véritable concert sacré, séance de Sama' - écoute spirituelle - où seul
le bruissement des robes de derviches vient nous distraire
de l'extase.
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Nawh
al-hamâm (al-Bura °i)
La plainte de la colombe
sur la branche m'a attristé
Voyant l'ardeur de mon amour, sur mon sort le censeur a pleuré.
La colombe se plaint à cause de la douleur de l'éloignement
Quant à moi, c'est par crainte de Dieu le Clément.
Il n'y a point lieu de me blâmer si je pleure,
Car dans la désobéissance, je me suis longtemps
égaré.
Seigneur, Ton serviteur craint les tourments de Ta punition
Et pour échapper aux brasiers de l'enfer, auprès
de Toi, il se réfugie.
Pitié, pour celui que Ton mal afflige et qui Te supplie.
Accordes lui aujourd'hui la faveur de Ton pardon.
Zidni bi-farti al-hubb (Ibn al-Fârid)
Par encore plus d'amour, rends-moi encore plus perplexe.
Soit clément pour mes entrailles que consume le feu
de Ton amour.
Ô mon cur, tu m'as promis d'être patient,
Prends gardes alors de ne point t'inquiéter ni t'angoisser.
Dis à ceux qui m'ont précédé,
comme à ceux qui me succéderont,
Ainsi qu'à tous ceux qui connaîtront ma peine
d'amour :
"Apprenez donc et prenez exemple sur moi
Et parlez de ma passion à tous les humains
Je me suis isolé avec mon aimé avec entre nous,
un secret,
Plus fin et plus doux que la brise quand elle passe la nuit."
Bi-hamdika yâ ilâhî -
Ô Dieu, en louant Tes bienfaits, je commence
mes suppliques
Humble et soumis, vers Toi je me dirige.
Si Tu ne m'accordes pas ton pardon, qui pourrait le faire.
Tu es Allâh, notre Seigneur généreux,
A Ton pouvoir céleste, j'ai confié mon sort.
Accordes moi Ton aide et soulage ma poitrine
Tu connais mes secrets intimes, comme mes actes manifestes
Ô Toi mon Dieu, Clément et Miséricordieux.
Formation
:
Sheikh Hamza Shakkûr - Chant
Julien Jâlal
Eddine Weiss - Cythare orientale (Qânun),
direction artistique
Ziyâd Kâdî
Amin - Flûte en roseau (Ney)
Qadri Dalal - Luth (°ud)
Adel Shams el-Din - Tambourin à cymbalettes (riqq)
Suleyman Al-Khechn, Abdallah Chakour - Choeur (Munshiddin)
Hatem al-Jamal, Maher al-Jamal
Hicham al-Khatib, Ghassan Janid - Derviches (Mawlawi)
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