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Les Chanteurs de la confrérie Qaderi d'Alep

Alep est un lieu important du soufisme depuis le 13ème siècle, lorsque les souverains de la dynastie Ayyoubide commencèrent la construction de couvents soufi (khanaqa) et de logements (zawiya, pl zawaiya) en vue de faciliter leur politique d’encouragement de l’islam sunnite face à la double menace du chiisme d’Ismaël et des croisés. Alep était un carrefour culturel en raison de sa situation géographique et de son rôle de centre commercial vers lequel convergeaient les caravanes venant d’Anatolie, d’Iran, de Mésopotamie et de Syrie du sud. Cet environnement cosmopolite se retrouve dans les caractéristiques doctrinaires et rituelles du soufisme tel qu’il fut pratiqué à Alep, et qui fit fusionner les tendances mystiques et les cultures arabes, turques et perses.

Aujourd’hui, malgré les défis sociologiques et culturels créés par l’industrialisation et l’urbanisation de la société syrienne ainsi que l’expansion des idéaux d’un nationalisme traditionaliste et d’un réformisme islamique, le soufisme en Syrie conserve toute sa vitalité et montre des signes évidents de renouveau interne et d’expansion. Il est certain que des zawiyas et des pratiques soufies déclinèrent ou disparurent purement et simplement sous l’influence grandissante des idéaux séculaires et de l’Islam Salafi, hostiles au soufisme. La nationalisation des awqaf (encadrements religieux) par l’état détruit les bases économiques de nombreuses activités soufies. Néanmoins, de nombreuses zawiyas traditionnelles demeurent actives à Alep et de nouvelles zawiyas virent le jour au cours des dernières décennies, étendant les activités soufies au contexte moderne par delà la vieille cité. La permanence et l’expansion du soufisme à Alep montrent qu’il n’y a pas de contradiction fondamentale entre les croyances et les pratiques soufies et la modernité. Bien plus, l’idée que le soufisme serait une tendance religieuse marginale ou simplement un Islam populaire ne tient pas en Syrie où ses rituels forment une large part de l’expression publique de l’Islam et dont la doctrine attire de nombreux adeptes dans toutes les couches de la société syrienne. Le meilleur exemple de la place centrale qu’occupe le soufisme dans l’Islam syrien est fourni par le sheikh Ahmad Kuftaru, qui est à la fois le leader officiel de l’Islam sunnite comme gran mufti de Syrie, et le guide suprême de l’ordre soufi connu sous le nom de sheikh de la tariqa Naqshbandiyya Kuftariyya.

LA ZAWIYA DU SHEIKH HABBOUSH

Le Sheikh Habboush a hérité du savoir mystique de son père, lui-même sheikh soufi. Il fut initié à plusieurs traditions mystiques, mais les tariqas Qadiriyya et Rifa’iyya sont les principales sources de son enseignement mystique et de la structure rituelle de son dhikr. (rituel soufi, litt : remémoration du nom de Dieu). L’influence Rifa’i est perceptible à travers la présence dans sa zawiya de broches d’acier utilisées pour l’exécution du darab al’shish. Bien qu’habilité par son initiation Rifa’iyy à diriger le darab al’shish, il préfère le plus souvent d’autres modes d’évaluation des progrès de ses disciples dans la voie mystique.

Sheikh Habboush sait transmettre l’extase mystique wajd à son auditoire grâce à son charisme étonnant. Son enthousiasme et sa passion se libèrent dans l’expression jubilatoires de ses vocalises. Etre à la fois chantre soliste (mounshid) et Sheikh est fort peu courant dans les traditions initiatiques des confréries soufies de Syrie. A l’instar des nombreuses confréries d’Alep, lieu de dévotion, de formation et d’émulation pour les jeunes chanteurs, il reçoit, un jour par semaine, ses adeptes, artisans ou commerçants du souk.

Chaque mercredi soir les disciples et les adeptes se rassemblent dans la zawiya située près de Bab al-Hadid, dans la vieille ville d’Alep, afin de prendre part au dhikr.. Sa zawiya est une vaste maison traditionnelle du vieil, dans le quartier des ferronniers. Autour de l’inévitable patio central et de son bassin se trouvent les chambres où logent ses quatre femmes et ses vingt trois enfants. Une grande pièce rectangulaire couverte de tapis est consacrée au rituel hebdomadaire : un concert spirituel (samaa) composé de suites vocales d’anashids dinyia (chants mesurés), de qaçidas et d’ibtihals (improvisations vocales solistes) ;

Pendant le Sama, le sheikh Habboush chante des poèmes mystiques à propos de l’amour de Dieu et du prophète. Ces chants doivent imprégner l’auditoire des émotions favorables aux états mystiques qui rapprochera de Dieu. Le sheikh Habboush est versé dans l’art du inshad (chant mystique) et sa faculté à captiver son auditoire grâce à la beauté de son chant, le pouvoir de sa voix et l’originalité de sa performance sont célèbres dans tous les cercles soufis d’Alep. Puis le dhikr, scansion répétitive du nom de Dieu sur un ostinato progressant par degrés jusqu’à la transe, accompagné de percussions, douff et cymbales tous les participants se lèvent et entament la partie finale du dhikr, exécutant des mouvements d’avant en arrière et psalmodiant Allah au son des tambours et des cymbales. Le dhikr prend ainsi fin et le sheikh Habboush fait un sermon. Des sucreries et du thé sont servis aux participants en témoignage de l’hospitalité du sheikh. Après une petite conversation et un dernier message du sheikh, les participants quittent la zawiya pour regagner leurs foyers convaincus d’avoir renoué leurs liens avec le divin.


Formation :
Sheikh Habboush - chanteur
Abdul Kader Masarani - munshid
Hasan Altnji - munshid
Ali Akil Sabah - munshid
Zakaria Mahyeddin - munshid
Julien Jâlal Eddine Weiss - qânun, direction artistique
Mohamed Qadrî Dalal - Ud (luth)
Adel Shams el-Din - riqq (percussion)
Mohamed Yahya - Derviche Tourneur